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Stages en finance, la fin de l'âge d'orNews

Publié le 14-06-2012 | Finance de Marché - Finance d'Entreprise - Fonctions Centrales & Risques - Marché de l'emploi

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La traditionnelle saison des stages qui vient de débuter promet d'être compliquée pour les étudiants en finance. Bien sûr, ils rêvent de transformer leur statut de stagiaire en statut de salarié. Mais en pleine crise de l'emploi, le temps où les grandes banques de financement et d'investissement (BFI) rivalisaient entre elles pour attirer les futurs diplômés semble bien loin à ceux qui cherchent aujourd'hui à se faire une place pour quelques mois au sein de ces institutions.

Ce parcours du combattant, Théo Schwartz, étudiant en master finance spécialité « finance d'entreprise et des marchés » de l'Institut d'administration des entreprises (IAE) de Grenoble, s'y était préparé. « Les étudiants de la promotion précédente avaient expliqué qu'ils avaient rencontré des difficultés. Cela m'a incité à chercher un stage très vite », raconte le jeune homme de 22 ans qui parcourt alors les sites internet des banques et des sites spécialisés comme Monster ou eFinancialCareers dans l'espoir de dénicher un stage en fusions-acquisitions, en capital-investissement ou dans une BFI. « De septembre à février, j'ai contacté plus de 500 personnes en réponse à des offres de stage et via des candidatures spontanées. Sans résultat, confie-t-il. Cette période a été très difficile à vivre. » Pour trouver un stage en BFI ou en gestion d'actifs, Louis Sallot des Noyers, 24 ans, étudiant en master 2 recherche finance de marché à l'université de Paris 1 Panthéon, a aussi commencé ses recherches par la consultation d'offres sur des sites spécialisés, ainsi que les sites de l'université et de son ancienne école, l'ESC Grenoble : « Je suis aussi allé sur ceux de l'ESCP, de l'EM Lyon et de l'université de Toulouse où étudiaient des amis et d'anciens camarades de promotion qui m'avaient communiqué leur code d'accès. » Une pratique discrète mais courante. Si internet est devenu un terrain de recherche incontournable, la méthode affiche ses limites. « Il y avait très peu d'offres de stages qui m'intéressaient et beaucoup de candidats, se souvient Théo Schwartz. Difficile dans ces conditions d'attirer l'attention, surtout quand les recruteurs privilégient systématiquement les profils des grandes écoles de commerce. »

Réorientation

Pour contourner cet obstacle, il décide d'exploiter le réseau de l'IAE. « J'ai multiplié les contacts pendant les forums et les présentations effectuées par les entreprises sur le campus. La plupart de ces démarches sont restées sans réponse. » Pour mettre toutes les chances de son côté, il active aussi son réseau personnel et accepte le coup de pouce d'un oncle DRH. Une recommandation payante car il se voit proposer un poste de chargé d'affaires chez Natixis à l'issue d'un processus de recrutement. « Mais entre-temps, j'ai été contacté pour un stage de chargé de rapprochement junior par CFK Finance, un cabinet de conseil en fusions-acquisitions à qui j'avais envoyé une candidature spontanée quatre mois plus tôt. Finalement, j'ai préféré rester sur mon envie première de travailler dans les fusions-acquisitions et je n'ai pas donné suite à Natixis. »

Signe des temps, de plus en plus d'étudiants mobilisent aussi les réseaux sociaux. « J'ai beaucoup utilisé LinkedIn pour envoyer des messages très courts à des responsables d'équipe qui pourraient être intéressés par mon profil », témoigne Nicolas Bergé, étudiant en mastère spécialisé finance de marchés, innovation et technologies de Skema Business School. Louis Sallot des Noyers a, lui aussi, exploré la voie LinkedIn « pour effectuer des recherches sur des mots clés comme ‘trading' ou ‘structuration' afin d'identifier des interlocuteurs intéressants. Cela m'a permis de découvrir des entreprises que je ne connaissais pas ». Un travail de prospection qui débouche finalement sur huit entretiens. En janvier dernier, il finit par accepter un stage de business analyst en comptabilité des produits financiers chez Axa, « même si ce poste ne correspondait pas à ce que j'avais imaginé au départ », confesse l'étudiant parisien.

Il est loin d'être le seul à avoir renoncé à intégrer de grandes BFI. Xavier Bouscharain, 25 ans, a lui aussi abandonné l'idée des salles des marchés pour rejoindre l'assurance. Pourtant, après avoir terminé en juin 2011 les cours du mastère spécialisé finance et asset management de l'Essec, cet ingénieur de formation décroche avec facilité un stage d'assistant sales sur le desk « Forex » de Société Générale. Mais les entretiens avec la banque de La Défense débouchent sur une mauvaise nouvelle : il ne s'agit en aucun cas d'un stage de pré-embauche. Un avertissement envoyé aujourd'hui à la quasi totalité des stagiaires. Un mois avant la fin de son stage, Xavier Bouscharain commence donc à chercher un poste en CDI : « Après un mois de recherche, je n'avais pas vu passer une seule offre de ‘sales' junior. J'ai contacté d'anciens élèves de l'école et discuté avec mes chefs chez Société Générale. Tout le monde m'a conseillé d'abandonner la piste de ‘sales', arguant que l'activité était en train de mourir en France. » Au même moment, l'Essec lui annonce qu'elle accepte exceptionnellement de « reconventionner » pour six mois tous les étudiants qui le souhaitent. Constatant comme nombre de ses camarades qu'il aura du mal à trouver un emploi, il saisit cette perche et trouve finalement un nouveau stage sur le site de l'école. « Allianz cherchait un assistant produits dérivés pour les gérants de portefeuille d'assurance-vie, explique-t-il. J'ai décidé de saisir cette opportunité car il y a aujourd'hui plus de possibilités de recrutement en gestion d'actifs dans le secteur de l'assurance. » D'assurance sur son avenir, Xavier Bouscharain n'en a toujours pas. Ce qui ne l'empêche pas de rester confiant et d'afficher clairement ses choix. « Grâce à mon expérience chez Allianz, je pense que j'aurai plus de chances de décrocher un poste en CDI. J'aimerais d'ailleurs bien que l'on me fasse une proposition à la fin du stage. Si ce n'est pas le cas, je resterai dans l'assurance car les postes y sont aussi intéressants que dans les salles de marchés. »

Expérience requise

Une analyse partagée par Louis Sallot des Noyers qui tient à se garder une porte de sortie, au cas où : « Si les choses n'évoluaient pas dans le bon sens, je pourrais m'orienter vers les cabinets de conseil et d'audit ou vers un VIE (volontariat international en entreprise, NDLR) afin de partir à l'étranger. » Alors qu'il avait décidé d'arrêter ses études après son master en finance, Théo Schwartz va, lui, changer de stratégie. « Ma recherche de stage et mes discussions avec mes patrons et mes collègues m'ont fait prendre conscience que mon diplôme de l'IAE ne me permettrait pas d'accéder aux responsabilités qui m'intéressent. Je vais donc continuer les stages l'an prochain afin d'acquérir plus d'expérience. Puis j'essaierai d'intégrer un mastère spécialisé dans une école de commerce cotée. »

La situation est rare dans le contexte actuel, mais certains profitent d'un horizon plus dégagé. C'est le cas de Nicolas Bergé, 24 ans, qui a décroché à Genève chez Hepta Capital, une société de négoce en matières premières, un stage qui débouchera automatiquement sur un CDI. « Lorsque je constate qu'au sein de ma promotion, je suis l'un des seuls à avoir obtenu un emploi, je me dis que j'ai eu beaucoup de chance. » De la chance, mais aussi le bon profil, car lorsqu'il intègre le mastère spécialisé de Skema Business School, il sort d'une année de césure durant laquelle il a enchaîné trois stages dans des salles des marchés au CIC à Nantes, chez Alstom à Paris et chez Natixis : « Lorsqu'il a reçu ma candidature, mon responsable actuel cherchait justement une personne pour un poste de junior ‘prop trader cross asset'. Je me suis donc trouvé au bon endroit au bon moment, et avec le bon CV car mes expériences professionnelles me donnaient la consistance recherchée par cette société. » Comble de l'ironie, pour des postes de stagiaires, donc par définition de débutants, les recruteurs ont souvent tendance à favoriser ceux qui ont de... l'expérience.
 

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