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Faut-il plafonner les salaires des banquiers ?News

Publié le 21-03-2012 | Banque de Détail - Finance de Marché - Finance d'Entreprise - Fonctions Centrales & Risques - Gestion d’Actifs - Marché de l'emploi - Entreprise

En France, les salariés du secteur financier sont payés 30% de plus que les autres. Et une poignée de stars des salles de marché continue à percevoir entre 5 et 10 millions d'euros par an.

 

 

 

 

 

 

BNP Paribas et la Société générale ont divisé par deux l'enveloppe des bonus versés au titre de 2011. Pour un peu, on dirait que les salaires fous de la finance appartiennent au passé. "Par rapport à 2007, les bonus ont chuté de 80%", estime la chasseuse de têtes Odile Couvert.

Les rémunérations du secteur restent toutefois déconnectées du reste de l'économie. Globalement, les salariés de l'industrie financière sont payés environ 30% de plus que les autres. Le salaire brut annuel moyen y atteint 41.598 euros, contre 31.212 euros dans l'industrie et 29.126 dans le commerce. Et une poignée de stars des salles de marché continue à percevoir entre 5 et 10 millions d'euros par an. "Au-delà du débat moral, ces primes ont un effet négatif sur la consommation globale d'un pays. La surépargne des plus riches détruit la demande générale", observe Philippe Brossard, du cabinet d'analyse Macrorama. Les bonus posent aussi un problème de gouvernance. "Ils incitent à prendre des risques trop importants", déplore Jean Peyrelevade, ex-président du Crédit lyonnais.

Ces pactoles sont devenus un thème politique. François Hollande entend "encadrer les bonus". Des mesures ont déjà été adoptées, expliquant en partie le début d'assagissement. Appliquée cette année par l'ensemble des banques françaises de financement et d'investissement, la directive européenne CRD 3 impose d'étaler sur plusieurs années les primes et d'en payer 40 à 60 % sous forme d'actions. "Cela provoque un vrai mouvement de rationalisation qui devrait être pérenne", affirme Anatole de La Brosse, du cabinet de conseil Sia. "En lissant les rémunérations, vous créez une génération moins mercenaire qui a des intérêts liés à ceux de l'entreprise", se félicite le chasseur de têtes Jean-Michel Beigbeder.

Le hic, c'est qu'une catégorie de salariés n'est pas concernée. "Les hedge funds, les banques privées et les gestionnaires d'actifs ont plus de liberté", observe Odile Couvert. Une piste suggérée par Jean Peyrelevade aurait l'avantage de s'appliquer sans distinction: considérer qu'au-delà d'un certain montant les rémunérations s'apparentent à des dividendes. "Il faut repenser la redistribution des revenus avec un instrument traditionnel, l'impôt progressif sur le revenu, selon Philippe Brossard. En 1970, les plus hauts revenus américains étaient imposés jusqu'à 80 % aux Etats-Unis."
 

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